• Notes - Conférences lors du Salon de Généalogie Paris XV - Les archives de Caen sur les conflits contemporains

    Notes - Conférences lors du Salon de Généalogie Paris XV - Les archives de Caen sur les conflits contemporains

    Suite et fin, la dernière conférence à laquelle j'ai assistée : Archives de Caen sur les conflits contemporains!

     

    SALLE DES MARIAGES MAIRIE DE PARIS 15

     

    16h30-18h : Les archives de Caen sur les conflits contemporains

    par Alain Alexandra, responsable de la division des archives des victimes des conflits contemporains du centre historique des archives à Caen, service d’archives du SHD.

     

    Rattaché au service historique de la défense depuis 2005, mais auparavant rattaché au ministère des anciens combattants et victimes de guerre, ces archives sont en lien avec les droits des victimes au sens large. Elles naissent au moment de la 1ère GM, lorsqu’on réalise qu’on doit honorer les Morts pour la France, mais aussi lorsque se développe un aspect plus juridique, avec la conscience qu’il faut réparer les dommages et aider les familles marquées par la guerre. La Nation devient le Père et la Mère est Orphelins.

    Le site Mémoire des Hommes rassemble les fiches des militaires décédés en 14-18, faites après la guerre, à la création du ministère des pensions (le SHD a aussi un fond important sur les invalides) : un grand livre d’or devait être créé au Panthéon, relevant tous les militaires morts pour la France. Ce travail titanesque restera inachevé, prenant fin dans les années 30, si bien que les fiches sur Mémoire des Hommes ne sont pas complètes et comportent parfois des erreurs.

    Concernant les victimes de la seconde guerre mondiale, les fonds sont plus larges : les victimes sont considérées au sens le plus large possible, dans un contexte d’occupation sévère par le régime nazi. Des militaires sont victimes (prisonniers de guerre, décédés par faits de guerre…) mais aussi de nombreux civils : décédés par faits de guerre – victimes collatérales notamment à Caen -, victimes de la répression nazie –fusillés, déportés, internés -, travailleurs en Allemagne, contraints (STO) ou volontaires (femmes ou enfant allant travailler en Allemagne, dans un contexte de chômage massif)…

    Ces archives datent massivement de l’après-guerre, dans un contexte où certaines démarches nécessitaient des preuves. Pour savoir qui rapatrier en France, il faut savoir qui est parti. Pour saluer les martyrs, héros de guerre et résistants, il faut savoir qui a été tué. Des missions parcourent la France pour trouver des listes de noms.

    Les prisonniers de guerre sont gérés par le droit, on a donc des listes de noms, établies par les autorités allemandes dans les Stalags, et qui servent de base pour faire 2 millions de fiches nominatives en France. Parfois, avec de la chance, on trouve sur une Personnal Karte, une fiche remplie à l’arrivée au camp, avec une photo, des informations personnelles, le Kommando de Travail (l’endroit où la personne est envoyée travailler) ; il en existe environ 100.000, majoritairement pour des militaires libérés avant 1942. Les listes de rapatriement permettent de savoir à quel moment la personne est libérée. Si le prisonnier est libéré pour des raisons sanitaires, il faut s’adresser à Limoges, qui aura plus d’informations.

    A partir de 1945, on retrouve des fiches médicales de rapatriement. Une sorte de cordon sanitaire est mis en place, pour toutes les personnes parties outre-Rhin, déportés comme militaire : on va les interroger, leur rendre des papiers, mais aussi leur faire passer un examen médical rapide (l’état moyen n’étant pas forcément terrible, on regarde si la personne tient debout). Ces fiches ont souvent été microfilmées, et ont été déposées aux Archives Nationales (mais les microfilms ne sont pas de la meilleure qualité).

    Les militaires et civils décédés par faits de guerre disposent de dossiers personnels, cependant l’existence de dossier n’est pas systématique. Le travail de fichage a été compliqué par les conditions de la défaite en 1940 : en pleine débâcle, on compte des décédés enterrés sommairement, déclarés disparus, et dont le statut réel de Mort pour la France sera déclaré des années plus tard. Les résistants faisant partie d’un mouvement de résistance homologué, type FFI, sont enregistrés comme statutairement militaires alors qu’ils sont civils ; ils recevront la mention Mort Pour la France. On compte aussi des Alsaciens et Mosellans, à qui on délivre la mention Mort Pour la France à partir de 1948, si on peut prouver qu’ils ne se sont pas engagés volontairement… si bien que des jeunes Malgré-Nous qui avaient été intégrés d’office à la SS à la fin de la guerre sont déclarés Morts pour la France (….quelques-uns ayant participé au massacre d’Ouradour). Les Soviétiques n’ayant pas signé la convention de Genève, les soldats capturés par les armés russes disparaissent sans nouvelles s’ils sont pris : certains sont exécutés, d’autres envoyés dans des camps très durs, et leur rapatriement prend un temps beaucoup plus long, les familles restant alors sans nouvelles (les dossiers les concernant contiennent parfois des photos, des mèches de cheveux…).

    Les victimes de la répression nazie sont nombreux : déportés raciaux (juifs, tsiganes) ou de répression (résistants, raflés, homosexuels, otages), fusillés (première vague vers 1941/1942, en rétorsion par rapport à des actes de sabotage ou de résistance, puis remplacée par des déportations massives) ou internés (libérés ou déportés ensuite). On possède sur ces victimes des archives individuelles : dossiers de décès, dossiers de demande de titres et statuts, sur demande du survivant ou de la famille (sur la base des motifs d’arrestation et de déportation : politique / résistant), dossiers de tribunaux militaires allemands (un pour chaque Feldkommandantur établie sur le sol français pour juger les actes accomplis sur le sol français, quels qu’ils soient : résistance, marché noir, destruction de matériel allemand, pas forcément volontaire, possession d’un fusil de chasse non déclaré), ces documents étant en allemand…

    Il existe aussi des archives collectives, sur les camps de concentration étrangers, les prisons, les préfectures : listes de déportés, d’arrestations, registres… (Pour les camps français, voir plutôt les archives départementales.) Collectées par les missions françaises, ces archives sont parfois rapportées par les survivants, qui veulent témoigner et fournissent des preuves de ce qu’ils ont vécu. Des gourmettes, portant les matricules des prisonniers, trouvées dans des fosses communes, sont aussi conservées.

    Pour les travailleurs en Allemagne, les dossiers conservés peuvent inclure des demandes de passeport, des contrats de travail, livrets de travailleur…. Tous ces documents devaient alors permettre de rapatrier les Français envoyés en travail obligatoire. Des archives relatives à la police judiciaire sont aussi disponibles.

    Accéder à toutes ces archives est possible en salle de lecture sur rendez-vous, mais aussi par courrier ou messagerie électronique : Shd-caen.courrier.fct@intradef.gouv.fr

    Il faut en moyenne 2 ou 3 mois pour avoir une réponse, avec un maximum de 14 dossiers par consultation. (Le service reçoit 5.000 demandes en moyenne par mois.) Pour une demande d’accès à la salle de lecture, à réception du mail de réponse dans ce délai de quelques mois, il faudra ensuite prendre contact avec les archives, afin d’obtenir un créneau en salle, sous 15 jours.

    Dans l’idéal, il faut inclure dans sa demande la côte du document demandé (à chercher sur Mémoire des Hommes ou sur celui du SHD) ; à défaut, si on ne possède pas cette cote, il est possible de transmettre uniquement l’état-civil de la personne, et ce qui lui est arrivé afin d’indiquer où chercher.

    Ce sont des archives sensibles, dont le contenu n’est pas forcément facile à communiquer, à accepter, à comprendre. Il est plutôt conseillé de se déplacer, au moins pour pouvoir poser des questions une fois le document obtenu. Les copies seront tout de même demandables sur place et facturées aux tarifs en vigueur.

     


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